Kakémono pour un congrès scientifique : concevoir un roll-up qui se lit à cinq mètres
Introduction
Le kakémono est le support que l’on me demande le plus souvent en urgence. Un stand au congrès dans quinze jours, une journée portes ouvertes, la Fête de la science, et quelqu’un se souvient qu’il faut « quelque chose de grand derrière la table ». Le résultat est presque toujours le même : un poster agrandi, avec des résultats en 14 points que personne ne lira debout, à trois mètres, un café à la main.
Un kakémono n’est pas un poster vertical. Il ne se lit pas, il se voit. Il a une seconde pour dire qui vous êtes et ce que vous cherchez, à des gens qui passent. Et contrairement au poster, il va servir cinq ans, ressortir à chaque événement, finir dans le hall du laboratoire.
On me demande régulièrement des kakémonos pour des laboratoires, des équipes ou des événements de médiation, et ce guide rassemble ce que je vérifie à chaque fois : le format, les zones de lecture, les tailles de texte, le fichier d’impression, et la durabilité du message. Pour le poster de congrès, qui obéit à d’autres règles, mon guide dédié est ici.
Kakémono ou poster : deux objets différents
Tout découle de la distance de lecture et de la durée de vie. Un poster est lu à un mètre, pendant dix minutes, par une personne intéressée, une seule fois. Un kakémono est vu à trois ou cinq mètres, pendant deux secondes, par des gens qui ne vous cherchaient pas, à chaque événement pendant des années.
| Poster | Kakémono | |
|---|---|---|
| Distance de lecture | 1 mètre, debout face au support | 3 à 5 mètres, en mouvement |
| Temps d’attention | 5 à 10 minutes | 1 à 3 secondes |
| Contenu | Une étude : question, méthode, résultats | Une identité : qui, quoi, pourquoi |
| Quantité de texte | 300 à 800 mots | 15 à 40 mots |
| Durée de vie | Un congrès | 3 à 5 ans, plusieurs événements |
| Rôle | Expliquer | Faire s’arrêter, puis orienter vers vous |
La question de départ
Qu’est-ce qu’une personne doit avoir compris en passant devant votre stand sans s’arrêter ? La réponse tient en une phrase. C’est votre kakémono. Tout le reste va sur le poster, la plaquette ou le site.
Formats et contraintes techniques
Le kakémono est un roll-up : une toile imprimée, enroulée dans une cassette en aluminium posée au sol, tendue par un mât. Les formats sont standardisés par les imprimeurs, et le plus courant est de loin le 85 × 200 cm.
| Format (L × H) | Usage | Prix indicatif |
|---|---|---|
| 85 × 200 cm | Le standard : stand de congrès, hall, soutenance. Tient dans une housse, se monte en une minute. | 70 à 110 € HT |
| 100 × 200 cm | Un peu plus de largeur pour une illustration ou une frise. | 85 à 130 € HT |
| 120 à 150 × 200 cm | Grands stands, halls d’accueil, visibilité à longue distance. | 130 à 250 € HT |
| Mini (A3 / A4) | Sur table d’accueil ou comptoir. Un autre objet : il se lit de près. | 20 à 40 € HT |
Deux choix de matière reviennent : le PVC (environ 510 g/m²), opaque, le plus courant, et le PET (environ 330 g/m²), qui réduit les reflets sous les éclairages de salon. Si votre stand est sous des spots, le PET ou une toile textile évite l’effet miroir qui rend un kakémono illisible en photo.
Le fichier d’impression
Demandez toujours le gabarit de l’imprimeur avant de commencer. En général : le fichier fait la hauteur du format plus 5 à 10 cm en bas, qui disparaissent dans la cassette ; CMJN ; PDF avec textes vectorisés ou polices incorporées ; images à 150 dpi minimum à taille réelle (300 dpi si vous travaillez à l’échelle 1/2). Pas de fond perdu sur les formats standards, mais une marge de sécurité de 3 à 5 cm sur les côtés pour les tolérances de coupe.
1. Un message, lisible à cinq mètres
C’est la règle dont tout le reste découle. Un kakémono porte un nom (le laboratoire, l’équipe, le projet), une phrase qui dit ce que vous faites et pourquoi ça compte, et un moyen de vous retrouver. Quinze à quarante mots en tout, logos compris.
La tentation est forte d’ajouter les axes de recherche, les partenaires, les trois résultats récents. Chaque ajout divise l’attention disponible par deux. Si un élément n’est pas lisible à cinq mètres, il n’a pas sa place sur le kakémono : il va sur la plaquette posée sur la table, ou derrière un QR code.
La phrase elle-même mérite du temps. « Unité de recherche en biologie moléculaire » décrit une structure. « Comprendre comment les cellules réparent leur ADN » décrit une question, et c’est ce qui fait s’arrêter quelqu’un. Écrivez-la pour une personne cultivée qui n’est pas de votre discipline : c’est le public réel d’un couloir de congrès.
2. Les trois zones de hauteur
Un kakémono de deux mètres se divise naturellement en trois bandes, et chacune a un rôle, dicté par la hauteur des yeux (environ 1,60 m) et par ce qui masque le bas du support.
- Le haut (140 à 200 cm) : le nom et le logo. Visible au-dessus des têtes, de l’autre bout de la salle. C’est ce qui permet de vous repérer.
- Le milieu (90 à 140 cm) : le message, à hauteur des yeux. C’est la zone qui se lit en premier et le mieux : la phrase principale et le visuel vont là.
- Le bas (0 à 90 cm) : les coordonnées, le QR code, les logos partenaires. Cette zone est souvent masquée par une table, des chaises ou les personnes qui tiennent le stand. Rien d’indispensable en dessous de 60 cm.
Le test de la table
Au congrès, le kakémono sera derrière une table de 75 cm de haut, et souvent derrière une personne. Mettez votre maquette à l’échelle et masquez les 90 premiers centimètres : ce qui reste doit suffire.
3. Tailles de texte et contraste
Les tailles d’un poster ne suffisent pas. À titre de repère, à taille réelle :
| Élément | Taille minimale | Lisible à |
|---|---|---|
| Nom du laboratoire / titre | 150 à 250 pt (4 à 6 cm de hauteur de capitale) | 8 à 10 mètres |
| Phrase principale | 80 à 120 pt | 4 à 5 mètres |
| Texte secondaire | 40 à 60 pt | 2 mètres |
| Coordonnées, mentions | 30 pt | 1 mètre |
Une seule famille de police, sans empattement de préférence, en deux graisses. Un contraste fort entre le texte et le fond : du foncé sur du clair se lit mieux sous l’éclairage changeant d’un salon que l’inverse, et évite de consommer un litre d’encre en aplat. Les règles d’accessibilité valent ici comme pour une figure : pas de rouge sur vert, pas de texte sur une photo chargée, un test en niveaux de gris avant d’envoyer (les outils sont ici).
4. Images, illustrations et logos
À deux mètres de haut, une image de microscopie prise pour une publication devient un fond flou. Les visuels qui tiennent sur un kakémono sont ceux qui lisent de loin : une illustration vectorielle, une photo très contrastée avec un sujet unique, un motif dérivé de votre objet de recherche. Une image bitmap doit faire au moins 150 dpi à taille réelle, soit, pour une image pleine largeur sur un 85 × 200, environ 5 000 pixels de large.
Les logos sont le point faible de la plupart des kakémonos de laboratoire : une dizaine de tutelles et de partenaires, chacun en qualité différente, alignés en bas dans un bandeau illisible. Trois règles : vectoriels obligatoirement (demandez les fichiers .ai ou .svg aux services communication, ils existent), une hauteur commune pour tous, et hiérarchisez : les tutelles qui vous financent en plus grand, les partenaires de projet en plus petit, le reste sur la plaquette.
5. Concevoir pour cinq ans
C’est la différence la plus sous-estimée avec le poster. Un kakémono coûte entre 70 et 250 euros, il va ressortir à chaque événement, et il finira dans le hall.
- Pas de date, pas de nom d’événement, pas de résultat récent sur la toile. Le résultat de 2026 sera dépassé en 2028.
- Un QR code vers une page que vous contrôlez (la page du labo, pas un PDF) : c’est elle qui portera l’actualité, les publications, les offres de thèse.
- Les logos de tutelles changent : vérifiez les versions en vigueur avant d’imprimer, et gardez le fichier source pour les remplacer.
- Pas de nom de personne, sauf si le kakémono est celui d’une chaire ou d’un projet nominatif. Les équipes bougent.
- Déclinez plutôt que recommencer : un kakémono d’identité (le labo) et, si besoin, un kakémono par thème ou par projet, dans le même système graphique. Le jour où le projet se termine, l’identité reste.
Le kakémono comme pièce d’identité visuelle
Un kakémono est souvent le premier support « officiel » qu’un laboratoire fait imprimer. C’est l’occasion de fixer les choses qui serviront ensuite partout : couleurs, police, façon d’écrire le nom, place des logos. Si vous n’avez pas encore de charte, ce travail en est le début.
Erreurs fréquentes
- Le poster agrandi : des résultats, des graphiques et du texte en 14 points sur deux mètres
- L’information importante dans les 60 premiers centimètres, derrière la table
- Une photo de microscopie en fond, qui brouille tout le texte posé dessus
- Dix logos de tailles et de qualités différentes sur une ligne
- Un fichier RVB envoyé tel quel : le bleu électrique de l’écran ressort violet à l’impression
- Le nom d’un congrès ou une date sur la toile : le kakémono est périmé à la fin de l’événement
- Un QR code vers un PDF qui ne sera jamais mis à jour
- Un visuel conçu pour 85 cm et étiré pour un format 120 cm
Checklist avant d’envoyer à l’impression
- Le gabarit de l’imprimeur a été utilisé (hauteur de cassette comprise)
- Le message se comprend en une phrase, lisible à 5 mètres
- Rien d’indispensable sous 60 cm du sol
- Toutes les images font 150 dpi minimum à taille réelle
- Tous les logos sont vectoriels et à une hauteur commune
- Le fichier est en CMJN, PDF, textes vectorisés ou polices incorporées
- Le QR code a été testé avec deux téléphones, à 3 mètres
- Aucune date ni nom d’événement sur la toile
- Une épreuve a été imprimée à 10 % sur A4 et regardée à 50 cm : c’est l’équivalent de 5 mètres
Un kakémono à produire pour votre laboratoire ?
Je conçois des kakémonos qui tiennent cinq ans : un message clair, un système graphique réutilisable sur vos autres supports, et un fichier d’impression conforme au gabarit de votre imprimeur. Si vous avez déjà une maquette, je peux aussi la relire avant impression.
On commence par un échange court pour cerner l’usage réel : où il sera posé, à quelle distance, pour combien de temps.
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